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Quand Donald batifole au téléphone avec Maeva

  • 3 mai
  • 6 min de lecture

Une info ne vous aura pas échappé. Il est possible d’appeler directement le

Président de la plus grande impuissance mondiale… pour peu qu’on possède son

numéro ! Et il paraît qu’on est nombreuses et nombreux à l’avoir… Je n’avais pas

ce privilège, mais un ami « haut placé » l’avait certainement. Je l’ai donc interrogé

lors d’un des nombreux entretiens du matin qu’il m’accorde 1 . Sur le coup, il était

réticent, craignant que Donald ne trouve un prétexte pour s’attaquer à l’Europe. Je

lui suggérai alors que s’il me demandait de qui je tenais le n° de téléphone, je dise

que c’était de Brigitte.

« Ça c’est génial, me lança Emmanuel, car depuis un moment, il ne tarit plus d’éloges sur mon

épouse ». Il me proposa quelques sujets à aborder mais, estimant être assez

documentée en politique américaine, j’avais bien l’intention - si Donald me prenait

au téléphone – de lui poser des questions embarrassantes.

Il y a quelques jours, après m’être entraînée à adopter un accent anglais convenable,

j’ai risqué le coup 2 . À cinq heures du matin, il était 11 heures à la Maison blanche :

- Allo Monsieur le Président des…

- C’est bien lui, me coupa-t-il, le plus grand Président de l’histoire du plus grand pays que le

monde ait connu. À qui ai-je l’horreur ? 3

Puisque le Président laissait transpirer son ego, je n’avais plus aucune raison de la

jouer modeste et je me suis poussée du col :

- Ici, Maeva Takin, très haute fonctionnaire et chroniqueuse occasionnelle à Tahiti.

- Je vous plains. Depuis que les Duvalier ne sont plus à la tête de votre pays…

- Permettez-moi, Président, de rectifier marginalement 4 . Je parle de Tahiti et non d’Haïti.

- Ah ! Oui ! Tahiti, dans l’océan Indien 5 , On en a souvent parlé avec Jeffrey Epstein au temps ou

nous étions amis. On nous avait dit que les filles chez vous étaient les plus belles du monde, après

les Slovènes, for sure ! 6 Comment les appelle-t-on déjà ?

- Les vahine !

- Oui, vahine ! Vous êtes une vahine ?

- Oui, mais c’est un peu plus compliqué que ça car à Tahiti le métissage est plutôt la règle.

- Mais vous êtes peu nombreuses. À Tahiti, il ne doit pas y avoir plus de cinq ou six mille

habitants, non ?

- C’est un peu plus… mais dîtes-moi : est-ce que je vous dérange ?

- Pas du tout ! Je préside en principe une réunion importante selon mes conseillers au sujet de la

protection nécessaire à garantir la sécurité du Président des États-Unis d’Amérique.

- Je suis désolée. Le sujet est d’importance, donc…

- Mais non voyons ! Il y a déjà eu de nombreux attentats contre moi et j’en ai miraculeusement

réchappé. C’est donc que Dieu me protège et toutes les simagrées des services de sécurité n’y feront rien de mieux. Mais dîtes-moi : comment avez-vous obtenu mon numéro de téléphone ?

- C’est une de mes amies qui…

- Je parie que c’est Georgia Meloni. Tahiti, Italie, Meloni… Vous êtes bien une colonie de

l’Italie ?

- Ça aurait pu l’être, mais ce ne l’est pas. Tahiti dépend de Paris et c’est Madame Macron qui

m’a confié votre numéro.

J’entendis un brouhaha dans la salle de Washington. La voix de stentor du

Président fit taire tout le monde et il éructa :

- Arrêtez de me faire c… Je suis en conversation avec une amie de Madame Macronne (sic), et

une amie de cette dame admirable est plus importante à mes yeux que vos consignes de sécurité.

- Vous me faites beaucoup d’honneur Monsieur le Président !

- Une French Touch est toujours la bienvenue dans ce monde de brutes !

Le Président lança alors à ses conseillers : « Bon ! puisque vous pensez que je ne saisis pas

l’importance de cette réunion, je vais vous laisser entre vous et je change de bureau pour poursuivre la conversation avec l’amie de Brigitte ». J’entendis des bruits confus et le Président, tout

en se déplaçant, répéta plusieurs fois : « surtout ne quittez pas ». Le calme revenu, la

conversation reprit.

- Chère Madame ! Madame comment déjà ?

- Maeva Takin. Maeva, voyez-vous, c’est l’équivalent de votre welcome !

- Donc je vous appellerai Madame Welcome ! Ça vous convient ?

- Parfaitement Monsieur le…

- Bon, je suppose que vous avez des choses importantes à me dire. Donc, ce n’est pas pour affirmer que le golf de Tahiti est supérieur à celui de Mar a Lago.

- Qu’est-ce qui pourrait être plus beau que Mar a Lago ? Non, je vous voudrais vous parler des

femmes du monde entier qui ont du mal à nourrir leurs enfants avec l’inflation qui est repartie de

plus belle depuis que vous avez jugé utile de détruire l’Iran ou d’appauvrir la plupart des pays du

monde par des droits de douane excessifs.

- Madame Welcome ! Je n’ai qu’un objectif : refaire de mon pays le plus grand et le plus prospère

de ce monde. Alors, vous savez, les problèmes du Zimbabwe ou du Malawi, c’est le dernier de mes soucis. Ces pays n’ont qu’à abandonner leur politique de main tendue, pour une politique de

mains dans le cambouis…

- Ce n’est pas très charitable !

- Madame Welcome ! Vous n’allez pas vous associer à toutes les pleureuses de l’Europe et de

l’Afrique ! Mais aidez-moi à prendre de bonnes décisions.

- Bien volontiers. Dans quels domaines ?

- Tenez, dans ma salle de bal contigüe à la Maison blanche, de quelle teinte devraient être les

tentures ?

- Il faudrait que je voie le projet de plus près.

- Quels sont les noms propres de géographie qu’il faudrait changer pour qu’ils magnifient la

grandeur des États-Unis ?

Je décidai alors de me moquer ouvertement du Président.

- Il me semble que le détroit de Magellan pourrait être débaptisé. Après tout, Magellan était un

looser ! La preuve : il a fini par être mangé par les sauvages.

- Oui, sublime ! et en plus c’était un Espagnol 7 . Ce sera la première mesure de rétorsion contre ce pays infidèle à l’OTAN. Quel nom proposez-vous ?

- Le détroit du Nouveau Monde. Tout le monde comprendra que cette appellation est directement

liée aux États-Unis d’Amérique.

- J’aurais dû vous connaître plus tôt.

Le Président me pria d’attendre un moment car il avait un appel sur un autre téléphone. Il me reprit une ou deux minutes plus tard :

- Je viens d’avoir un appel de l’adjoint du sous-directeur du département patrimoine des Gardiens

de la Révolution iranienne qui me propose un deal. Tous ses supérieurs ont été tués par nos

missiles ou ceux d’Israël. Voilà qu’il prolonge notre discussion sur Magellan. Pour lui, tous les

problèmes entre l’Iran et moi pourraient s’arranger si le détroit d’Ormuz s’appelait désormais le

détroit Mélania !

- Mais c’est génial ! osais-je en me retenant de pouffer de rire.

- Vous avez raison ! La First Lady est une femme admirable, un exemple d’humilité et de

compétence. S’il n’y avait pas le problème de la langue, Mélania et Brigitte seraient de bonnes

copines.

- Madame Macron parle l’anglais, cela ne devrait pas poser de problème…

- Vous l’avez déjà entendu parler anglais ? Moi, oui. Son accent est plus mauvais encore que celui

de son mari, ce qui est peu dire… Au fait, dites-moi ce que vous feriez à ma place. Croyez-vous

que ce serait une bonne idée que je renouvelle ma candidature au prix Nobel de la Paix ?

- Laissez passer deux ans, dans deux ans tout le monde aura oublié la guerre en Iran, les famines

et les épidémies en Afrique.

- Deux ans, c’est long à mon âge et on ne sait jamais si finalement Dieu me lâchait et laissait un

terroriste détruire une créature comme on en rencontre qu’une ou deux par millénaire.

Cela devenait insupportable.

- Président, je suis désolée mais il faut que je me rende à mon bureau. À Tahiti, on embauche à 7

heures du matin, mais vu mon niveau de responsabilités, il faut que je sois vers 6 heures 30 dans

mon administration.

- Je comprends, je comprends. Mais dites-moi, le numéro qui s’affiche sur mon écran est-il bien le

vôtre ? Je vous rappellerai pour que vous me donniez des conseils sur l’édification de mon Arc de

Triomphe, car les bâtards qui gèrent le projet ne sont que des gagne-petits.

Je pris congé et avec un haut le cœur, je pensai à la célèbre phrase de Michel

Audiard dans Les Tontons flingueurs : « les c… ça ose tout, c’est même à ça qu’on les

reconnait ».


1 Voir parmi les billets de Maeva, les liens entre elle et le président de la République française.

2 La conversation a été enregistrée et traduite par l’Intelligence superficielle, celle que Maeva

préfère à l’IA.

3 For sure ! il a fallu vérifier et c’est le mot horreur qui a été prononcé par Donald Trump.

4 Maeva ne voulait pas froisser Sa Grandeur…

5 Maeva ne chercha pas à rectifier.

6 Melania est d’origine Slovène pour ceux qui ne lisent pas la presse people.

7 Là encore, Maeva ne contredit pas Donald Trump. Chacune et chacun sait que Magellan était

Portugais. Mais sans doute que Trump n’aime pas non plus les noms qui finissent en « gais ».


 
 
 

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