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Quelle est la couleur de Dieu ?

  • il y a 3 minutes
  • 4 min de lecture

En 1973, le chanteur Guy Béart voulait « changer les couleurs du temps et changer

les couleurs du monde ». Nobles intentions et visions poétiques de la vie ici-bas.

En Polynésie, c’est la couleur de Dieu que des politiciens et des sportifs voudraient

changer ou même imposer. Citez-moi seulement un seul passage des Écritures –

que d’aucuns appellent saintes – qui évoquerait la couleur de Dieu comme d’autres

désignent le tout puissant américain comme l’homme shooté au carotène.

Et pourtant !

En 2013, un jeune candidat aux élections territoriales prétendit incarner « la relève »

et pensa envoyer aux oubliettes de l’Histoire Gaston Flosse et Oscar Temaru. Il

attribua à son parti la couleur mauve : « c’est la couleur de Dieu » proclama-t-il. Funeste

erreur ! Dieu, déjà à l’époque, commençait à être malentendant et crut qu’Il avait

été traité de mauviette ! La sanction ne tarda pas. Le résultat ayant été décevant,

l’apprenti politicien se rallia à G. Flosse entre les deux tours et son Dieu prit la

couleur orange. Il ne tarda pas à recevoir quelque « faveur » de celui qui trônait sur

l’autonomie et auquel bon nombre de Polynésiens attribuait des pouvoirs divins.

Il est vrai que la campagne électorale de 2013 mobilisa les électeurs et Dieu lui-

même. Les affiches collées un peu partout (écologistes de tous pays, unissez-vous !)

en appelaient à la religion. Le parti orange considérait qu’il fallait avoir la foi, mais

en qui ? En Dieu ou en Gaston ? L’ambiguïté arrangeait tout le monde. Côté

indépendantiste, on invoquait le Christ qui, par trois fois, résista à la tentation du

diable. Les Polynésiens ayant refusé de soutenir Gaston Flosse en 2004 et 2008

réitèreraient leur vote en 2013. CQFD ! Un popa’a se lança même dans la

compétition, persuadé que la Vierge lui assignait une mission. Il y avait donc ceux

qui avaient espéré le soutien d’un Dieu (ou de sa maman), soit mauve, soit orange,

soit bleu !

Les 15 et 22 mars derniers, les premiers de plusieurs élus furent de remercier le

« Seigneur » qui avait permis la victoire. Je me demande comment c’est possible que

des hommes ou des femmes du XXIème siècle peuvent débiter de telles absurdités.

Surtout si le triomphe vient des mensonges répandus pendant la campagne, les

promesses mirifiques, le dénigrement, parfois l’insulte et même grâce à quelque

malhonnêteté sur laquelle les tribunaux devront se prononcer.

Si une puissance divine avait permis un succès électoral, cela voudrait dire que les

autres candidats avaient été châtiés par Dieu. Imaginez l’angoisse de celles et ceux

qui ont manqué l’élection à quelques voix près ! Elles ou ils apprennent par la télé

que Dieu les a abandonnés…

Dieu aurait donc des couleurs différentes selon les communes polynésiennes. Ça,

c’est l’info du siècle !

Je ne vais pas me contenter de mettre au pilori certaines ou certains politiciens, je

vais aussi fustiger certains sportifs. Eux aussi remercient le « Père céleste » qui les

aurait favorisés. En réalité, le coup de pouce divin ne serait que l’effet de quelque

stimulant, de tricherie même et de brutalité parfois. Le problème des clubs sportifs

en Polynésie, c’est que plusieurs sont adossés à une religion… et à des couleurs !

Alors, après telle ou telle compétition, Dieu changerait de couleur en fonction du

sport.

C’est le cas de le dire : Dieu en voit de toutes les couleurs !

Figurez-vous que quelqu’un – et pas n’importe qui – vient d’appuyer mes critiques !

Devinez ! C’est le pape lui-même, Léon XIV, qui vient à mon secours. Jamais je

n’aurais imaginé que dans un de mes billets, je me targuerai d’un tel soutien 1 . Certes,

le souverain qui pontifie a en tête des problèmes bien plus importants que celui de

l’élection d’un tavana sur un atoll ou d’une course de va’a, et c’est aux dirigeants de

ce monde qui mènent leurs peuples à la guerre qu’il a dressé un message sans

ambiguïté. Mais chacune et chacun de vous comprend que le pape s’adresse à tous

ceux qui veulent confisquer Dieu à leur profit.

Le 29 mars, dimanche des Rameaux, sur la place Saint-Pierre pleine à craquer de

« fidèles », le pape a lancé que, non seulement Dieu « rejette la guerre », mais qu’il «

rejette les prières de ceux qui font la guerre ». Qui a oublié (en 2003) que le président Bush

JR et le Premier ministre Tony Blair priaient longuement par téléphone pour que

Dieu les soutienne dans la lutte contre l’Irak, alors qu’ils mentaient à leurs peuples

sur la réalité du danger que présentait ce pays ? 2

Le pape n’a pas mâché ses mots, même s’il n’a pas prononcé le nom de Donald

Trump et de ses courtisans : « Même si vous multipliez les prières, je n’écouterai pas : vos

mains sont pleines de sang », reprenant ainsi un passage de la Bible.

On a vu et entendu des reportages dans le bureau ovale de la Maison Blanche : un

religieux demandant la bénédiction de Dieu sur le Président qui préparait la guerre

en Iran. Le sinistre secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a dirigé une prière au

Pentagone au cours de laquelle il a évoqué une « violence écrasante » contre ceux qui « ne méritent aucune pitié ». Il a même dit prier pour que chaque balle tirée atteigne son

but : supprimer des ennemis.


Léon XIV et Trump Ma : deux manières d’invoquer Dieu et de se l’accaparer.

Rassurez-vous braves lectrices et lecteurs, un jour, Dieu reconnaîtra les siens… si

d’ici là il n’est pas découragé de distinguer le bon grain de l’ivraie !


Comme d’habitude, Maeva écrit en utilisant l’Intelligence superficielle qui corrige et amande ses

textes.

1 Dans sa grande modestie, Maeva ne vous signale pas qu’elle est très proche du président de la

République qu’elle appelle familièrement Emmanuel. Il est vrai qu’Emmanuel signifie : « Dieu

avec nous ! ».

2 Mais non Maeva, ce n’est pas un problème d’oubli. 2023 est une époque « que les moins de

vingt ans ne peuvent pas connaître ». Tu vieillis Maeva et tu ne te rends pas compte que le temps

passe trop vite…


 
 
 

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