top of page

Pocahontas à Donald Trump :


« Tu crois que la Terre t’appartient tout entière… »


Dans les années quatre-vingt, Régine Deforges lança la production d’ouvrages qui la rendit célèbre : « La bicyclette bleue ». Une quinzaine d’années plus tard, Alex Du Prel publia : « Ce bleu qui fait mal aux yeux ». Le bleu est aussi la couleur des sportifs cocorico… et de plusieurs partis politiques de l’Hexagone et du Fenua.

 

Sans doute dénombrera-t-on cinquante nuances de bleu. Et en voici une nouvelle, celle des verres miroir des lunettes bleues portées par Emmanuel Macron pour se protéger des caméras qui explorent l’OTAN [1]. Des lunettes qui crèvent les yeux de tous les journalistes du monde. Dans les relations internationales – comme du reste en politique nationale ou locale – c’est l’image qui compte plus que le fond. Le coup de génie de Macron a été de mêler l’éphémère (sa nouvelle apparence) au durable : les nouvelles relations chaotiques entre l’Amérique trumpienne et l’Europe.

 

Le maître en communications de séries B, le locataire de la Maison blanche (ou de ce qui en reste) en fut dépité. Ce n’était plus sa main enflée et bleuie que les caméras du monde entier observaient, mais les lunettes du président français. Sans compter que lesdites lunettes qui séduisirent la planète étaient fabriquées en France et pas quelque part en Floride ou au Nebraska.

 

Donald fut encore plus meurtri quand il aperçut sur son écran de télé préféré, Madame Von der Leyen, celle qui s’était aplatie devant lui en Écosse, se recoiffer devant les verres miroir des lunettes d’Emmanuel.

 

Pour une fois, le superficiel fut mis au service du fond des problèmes. Emmanuel appuya là où ça fait mal : il ne fallait pas confondre alliés et ennemis.

 

Il faut croire que depuis deux semaines, l’heure était grave pour l’Europe, pour la France (aussi pour la Polynésie comme nous le verrons plus loin) et pour Emmanuel. La preuve, c’est qu’il m’appela presque tous les jours pour me confier son stress et chercher quelque conseil. Ainsi, m’appela-t-il avant de faire son discours à Davos.

 

-       Maeva, me dit-il, j’ai besoin d’inspiration pour contrecarrer Donald.

-       Président, osais-je, vous m’avez un jour comparée à Pocahontas. Je fus flattée et j’en rougis encore. J’ai une suggestion si vous voulez faire le buzz.

-       Tu m’intéresses, Maeva. Dis-moi vite.

-       Je sais que vous aimez chanter. Il paraît même que c’est votre voix qui, jadis, séduisit Brigitte.

-       C’est un peu vrai. Mais quel rapport avec Pocahontas ?

Je m’éclaircis la voix et entonnai ce chant intitulé L’air du vent :

 

Tu crois que la Terre t'appartient tout entière - Pour toi, ce n'est qu'un tapis de poussière [2] - Moi je sais que la pierre, l'oiseau et les fleurs - Ont une vie, ont un esprit et un cœur - Pour toi l'étranger ne porte le nom d'Homme - Que s'il te ressemble et pense à ta façon - Mais en marchant dans ses pas, tu te questionnes - Es-tu sûr, au fond de toi, d'avoir raison ?

 

Le Président n’en revenait pas : « Ce chant est pourtant universellement connu et personne n’avait pensé à l’utiliser en visant Donald ! ». Après un court silence, le Président parla comme s’il réfléchissait à haute voix : « un passage me fascine, celui où il y a la façon dont les dictateurs regardent les êtres humains différents d’eux. Emmanuel chantonna : « Pour toi l'étranger ne porte le nom d'Homme- Que s'il te ressemble et pense à ta façon ». Il disserta longuement sur la négation du qualificatif d’homme qui permet toutes les violences puisque l’autre n’aurait pas d’âme.

 

Emmanuel me remercia en termes que je n’ose répéter, par modestie, évidemment, mais il ajouta :

-       Le problème, tu vois Maeva, c’est que je ne suis pas un clown comme mon collègue et je ne peux pas, devant tant de chefs d’États et de l’élite de la finance et de la culture me ridiculiser comme « l’autre » le fait.

 

 Devinant ma déception, il poursuivit :

-       mais tu sais, tu m’as donné un coup de fouet et ouvert des perspectives inconnues. Tu suivras mon discours à Davos et tu verras que je m’inspire de Pocahontas. Merci encore Maeva.

-       Je vais scruter la presse internationale pour vérifier si des journalistes ont vu une relation entre la chanson de Pocahontas et votre discours.

 

J’ai donc suivi le discours de Davos en langue anglaise. Je n’ai pas trouvé beaucoup de passages en rapport direct avec le chant de Pocahontas, mais quand même… Je cite des extraits :

« Nous avons connu une transition vers l’autocratie…une évolution vers un monde sans règles où la seule loi qui semble compter est celle du plus fort »…

Manifestement il s’adressait à un prédateur, celui que, de son côté, Pocahontas désignait par « tu », un prédateur qui ne voit dans la terre des autres « qu’un tapis de poussière », variante du « morceau de glace » (ou de banquise) du Président américain.

 

À la fin de son discours, Emmanuel exposa « sa » morale à lui : « nous préférons le faire dans le cadre du respect, en respectant la science et nous préférons l’État de droit à la brutalité ». Voilà qui était pleinement dans la lignée du cri de Pocahontas. J’aurais aimé qu’il allât plus loin en posant la question qui nous taraude toutes et tous : « Es-tu sûr, au fond de toi, Donald, d'avoir raison ? ».

 

Le Président m’appela, son discours achevé, pour m’interroger sur sa « performance ».  Le flatter n’état pas de mise. Je me contentais de ces quelques mots : « ce qui est regrettable, c’est qu’en de telles circonstances, on n’ait pas pu voir vos yeux ». Je convins néanmoins que, connaissant les médias d’aujourd’hui, l’effet lunettes bleues serait réussi…

 

Quelques heures plus tard, je reçus un texto du Président qui m’expliquait que les services secrets français s’étaient procuré un projet de déclaration de Trump au peuple polynésien. « N’hésite pas à t’en servir sans préciser qui te l’a remis ». Alors voici :

Chères populations polynésiennes, cousines de nos populations hawaïennes bien aimées, Aloha !

Vous n’avez pas la chance de vos cousines et cousins de vivre sous la tutelle bienveillante de la plus grande puissance du monde. La France est bien incapable de vous protéger, notamment de la Chine qui, déjà, entoure vos îles de ses navires guerriers. Or, nous avons besoin, pour notre sécurité comme de la vôtre que notre flotte puisse venir appareiller chez vous comme si c’était chez nous. Je viendrai donc prochainement prendre possession de vos îles. Vous bénéficierez tous de la puissance américaine qui saura exploiter vos immenses possibilités économiques. Le tourisme d’abord. J’ai pris connaissance du minable projet de village tahitien que personne n’a su même esquisser. Nous allons construire une Riviera sur vos côtes capable d’accueillir quelques millions de touristes. Vos ressources sous-marines que la France et votre propre président ne veulent pas exploiter de peur d’affoler les poissons, nous, nous forerons, forerons encore et toujours. Votre intérêt est bien de devenir américains.

Chères populations polynésiennes, je vous dis à bientôt. Je vais me mettre en route.

 

Vous comprendrez que je ne pouvais pas garder ça pour moi toute seule. For sure !


L’intelligence superficielle a collaboré une fois de plus avec Maeva pour l’écriture de ce billet exceptionnel.


[1] Maeva fait certainement allusion à une célèbre série d’émissions télévisées (entre 1957 et 1966) , La caméra explore le temps, qui retraçait les événements historiques. Comment Maeva, si jeune encore, connaît-elle cette série à succès qui remonte à la nuit des temps ? Je suis sûre que c’était son papy qui lui en avait parlé.

[2] Maeva aurait aimé que poussière fût remplacée par banquise. Vous devinez pourquoi, non ?

 
 
 

4 commentaires


htheureau
il y a un jour

"Je me contentais de ces quelques mots..." (voir osais-je)

J'aime

htheureau
il y a un jour

« Es-tu sûr, au fond de toi, Donald, d'avoir raison ? ». Il eût fallu, pour cela, que Donald eût un fond. Or nous savons tous aujourd'hui que son ignorance, sa grossièreté et sa rapacité n'en ont pas (de fond).

J'aime

htheureau
il y a un jour

"Président, osais-je..." (Président, osa-t-elle) Donc, "Président, osai-je..."

J'aime

htheureau
il y a un jour

"Dans les années quatre-vingts, Régine Deforges lança la production d’ouvrages qui la rendit célèbre..." Tu es sûre que c'est français, ça ? C'est la production ou les ouvrages qui ont fait sa célébrité ? d'ailleurs tu n'en cites qu'un seul, alors pourquoi ouvrages avec un s ?

Modifié
J'aime
bottom of page