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Jacinda, j’te kiffe, dernière saison

Messieurs qu’on nomme Grands, prenez-en de la graine !



J’avais consacré déjà un billet à la Première ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda

Ardern (1) . Cette dernière s’est rendue célèbre dans le monde entier grâce à diverses

mesures (la lutte contre l’islamophobie, contre les discriminations, la protection de

la propriété des natifs afin d’éviter des spéculations effrénées, les mesures anti-

Covid (2) , la lutte contre le tabac…) et aussi grâce à sa personnalité. J’écrivais alors :

« Jacinda, moi j’te kiffe ».


Les notes sont préparées selon le vœu de Maeva par l’intelligence superficielle.


1 Pourquoi Maeva as-tu écrit « dernière saison » ? Elle m’a dit qu’elle ne croyait pas que Jacinda

reviendrait un jour au pouvoir, donc elle n’en parlera plus…


2 Si sa gestion a été saluée universellement, cela n’a pas empêché Donald Trump, un soir de délire

sur les vérités alternatives de s’écrier : « Vous avez vu ce qui se passe en Nouvelle-Zélande ? C’est

horrible ! Pas de ça chez nous ».


Comment une jeune femme comme moi n’apprécierait pas Jacinda qui a cassé les

codes, comme on dit, et cloué le bec aux hommes qui doutaient qu’une femme pût

gouverner. Ces malotrus s’en prenaient de plus à une femme jeune qui se mêlait de

politique. Passe encore qu’une Angela Merkel dirige un pays parce qu’à son âge, elle

ne risquait pas d’enfanter. Les plus ignobles ajoutaient qu’Angela pouvait être

tolérée car, au fond, elle n’avait rien de très féminin ! Mais une femme de 37 ans,

voyons, si elle était « normale » éprouverait le besoin de procréer (forcément pour

ces goujats, la femme a « envie de pouponner…). Et je n’évoquerai pas – sauf pour

vous – le mépris de ces messieurs pour ce qu’ils appellent notre « instabilité

menstruelle »… Alors, évidemment, entre la nature féminine et le traitement des

affaires du pays ou des affaires étrangères, il y aurait incompatibilité ! Bien sûr « un

homme », lui, peut se consacrer entièrement aux affaires politiques ! Prenez

l’exemple du président Clinton. Sa jeune stagiaire ne le distrayait pas de ses

devoirs… c’est bien connu.

Voilà pourtant que pendant la campagne électorale qui devait l’amener au pouvoir,

Jacinda goûta du repos de la guerrière avec son compagnon et celle qui devait

arriver neuf mois plus tard (la petite Neve) se formait lentement dans le ventre de

sa mère. Deux bonnes nouvelles arrivèrent en même temps : la victoire et la

grossesse. Jacinda géra les deux. Elle gouverna le pays de main de maîtresse et

rayonnait de bonheur. Elle se retira six semaines du pouvoir confié à son vice-

Premier ministre après son accouchement et le reprit. J’allais dire comme si de rien

n’était. Eh bien ! non ! Elle joua son rôle de maman jusqu’à l’ONU, le bébé dans les

bras. Je la porte aux nues, cette nana Jacinda. Moi, je n'ai envie ni d’être présidente

de mon pays, ni maman, mais si une fille veut faire les deux, moi, je kiffe.

La presse internationale ne tarit pas d’éloges pour les réalisations de Jacinda, pour

son empathie à l’égard de ceux qui souffrent. Il faut dire que dans sa jeunesse elle

était allée à New York et, bénévolement participait aux distribution de soupes aux

plus démunis.

On a même parlé de « jacindamania » dans son pays et à l’étranger. Je

ne suis donc pas la seule à la kiffer.

Certes, elle fut parfois moquée pour avoir légiféré sur les pets et les rots du bétail

au nom de la protection de la planète. Je n’avais jamais pensé que « buccalement »

et analement ovins et bovins étaient plus néfastes que les jets privés !

Plus avant, je vais vous expliquer pourquoi je la kiffe autant. Elle a défendu les

droits des femmes dans un pays qui avait été à la pointe de leur prise en compte

puisque ce fut la Nouvelle-Zélande qui accorda le droit de vote aux femmes en

1893 (soit 52 ans avant la France). Mais dans ce pays réputé progressiste, les

femmes étaient (et sont encore) souvent plus maltraitées qu’ailleurs comme l’ont

révélé des films connus (voir L’âme des guerriers) et jusqu’en 2020 l’avortement était

considéré comme un crime passible d’une longue peine d’emprisonnement. Jacinda

était tellement sensible à cette question que, toute jeune, elle abandonna la religion

mormone de ses parents pour protester contre la position de cette Église et devint

agnostique (3) . Son gouvernement légalisa l’avortement en mars 2020. Dans d’autres

domaines, elle agit pour que l’égalité femmes/hommes ne fût pas qu’un principe.

Et ce n’est pas tout à mes yeux. La composition de son gouvernement apporta un

véritable renouveau avec des personnes LGBTQ, des représentants des peuples

autochtones et bien sûr une quasi-parité entre les sexes. J’ajouterai encore la façon

dont elle prépara le budget du pays qu’elle qualifia de « budget bien-être » dont la

finalité – conformément à son appellation – était de rendre la vie supportable à

toutes et à tous. Je pense aux slogans qu’on entend parfois dans certains pays : « ton

budget nous gruge ».


3 Agnostique = celui qui se soucie comme de l’an 40 de l’existence de Dieu et qui ne cherche pas

à voir la main de Dieu quand un footballeur marque un but du bout des doigts.


Jacinda avait reçu une formation en communication, voilà pourquoi elle sut

expliquer et populariser ses réformes. Elle me semble ressembler au président

Zélenski qui, dans un tout autre registre, est aussi un expert en communication.

Jusqu’au bout, elle sut communiquer, notamment par une démission qui l’honore.

Quand tant de dirigeant(e)s s’accrochent au pouvoir, vieillards cacochymes (4) parfois,

ringards le plus souvent, changent les lois électorales pour rester vingt, trente ans

voire plus au pouvoir, Jacinda jugea utile de se retirer avant de ne plus être dans le

coup. « Messieurs qu’on nomme Grands », comme l’écrivait Boris Vian dans Le

déserteur, en 1954, prenez-en de la graine.


4 Cacochyme = vieillard qui, en plus d’être vieux, souffre de maux divers et n’a plus rien pour

plaire, ce qui n’empêche pas parfois des mariages incongrus avec une jeunette. Situation qui

n’existe pas dans les classes populaires.


Alors, Jacinda, je te souhaite beaucoup de bonheur, notamment avec ton

compagnon que tu tiens à épouser. Toi au moins qui avait interdit les

rassemblements festifs pendant la pandémie, tu as repoussé tes noces… pas

comme certains ! 5


5 Maeva n’a pas voulu préciser davantage mais il semblerait que ce soit clair pour tout le monde.

Dont acte.




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