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Éloge de l’hybride

Et voilà ! « Maeva se mêle d’écologie pour gagner des lectrices et des lecteurs en se faufilant dans l’air du temps », penseront ceux qui, comme d’habitude, se forgent une opinion sans avoir lu trois lignes !


En fait, je n’ai pas l’intention de vous faire l’éloge de tel véhicule plus écolo qu’un autre et qui roulerait tantôt à base d’énergie fossile tantôt en consommant l’énergie qu’elle a elle-même produite. Bon, je ne vais pas continuer là-dessus car il y aura bien un lecteur pour dire que ce n’est pas à une femme, fût-elle, jeune, de se mêler de mécanique car, même en 2023, nous en sommes encore à bien genrer les genres. Non, je voudrais vous parler du Centaure et une sculpture vaudra mieux que douze lignes de description. La mythologie nous a légué diverses sortes de centaures en dehors du classique être mi-cheval, mi-homme. Certains peuvent être moitié taureau (ce serait drôle de voir, dans la tauromachie, le torero abattre sa moitié… olé !), moitié âne (ça pourrait faire deux ânes en fait, en fonction du QI de l’homme accompagnateur), on a même des mélanges de poissons avec d’autres êtres (pensez à Juliette Gréco et sa chanson Un petit poisson, un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre…). Ne soyez pas étonné(e)s que la plupart des centaures étaient de sexe masculin, mais il y eut aussi des centauresses (vous avez bien lu). Ce nom évoque chez moi les diaconnesses et les dames patronnesses, ce qui, du reste est d’une grande tristesse, surtout au sortir de la messe (je vous le dis, moi qui ne suis pas pro-messe !).


Avant de vous parler en détail de l’hybridation et qu’un (équin) (1) lecteur pose des questions, je vous propose une réflexion personnelle qui m’est inspirée par une chanson de Joe Dassin. Qui, parmi les moins de cinquante ans, se souvient encore de cet artiste qui fut mondialement connu et rencontra des succès énormes et des échecs cuisants ? Pourtant, je suis sûre que certains de ses airs les plus populaires bourdonnent parfois dans vos oreilles (la Californie, l’été indien…). Même à Tahiti, qui se souvient que Joe Dassin mourut en 1980, à quarante-deux ans, dans un restaurant de Papeete (alors situé à l’étage au-dessus du Rétro actuel) ? Si je connais bien Joe Dassin, c’est tellement j’ai entendu ses chansons chez mes parents et mes grands-parents. Encore aujourd’hui, il arrive à mon papy de chanter à tue-tête avec sa voix de fausset nonagénaire :

Il y a les filles que l’on aime

Et celles qu’on aurait pu aimer


(1) Maeva est fidèle à elle -même. Elle m’utilise, moi l’intelligence superficielle, être hybride entre celui qui est sorti de la cuisse de Jupiter et le diplômé d’EPP (école primaire de Papeete).

Jeu de mot insupportable et médiocre. Comme Maeva parle du cheval, elle voit partout ce qui est relatif au cheval, en bon français ce qui est équin. Mais qui parle comme ça à part votre humoriste préférée ?


Et à chaque fois, mamie se met à hurler : « Vieux cochon ! tu n’as pas honte de penser encore à te trouver une minette ! Je ne t’ai donc pas suffi ! ». Et immanquablement, papy pastiche une chanson de Serge Reggiani : « La femme qui est mon lit, n’a plus de dents, depuis longtemps ! ». (2)


(2) Faut-il rappeler que la version originale est : « La femme qui est dans mon lit n’a plus vingt ans, depuis longtemps ».


Laissons mes vieux (comme on dit sur le Caillou) et revenons aux paroles de Joe Dassin. J’y ai repensé récemment en écoutant une jeune philosophe présenter son livre. Et là, c’est moi qui pastiche Dassin :

Il y a des livres que l’on lit

Et ceux qu’on aurait aimé écrire !


Un coup au cœur quand j’ai entendu Gabrielle Halphern justifier le titre de son ouvrage : Tous Centaures, éloge de l’hybridation, aux éditions du Pommier (2020). Ce titre peut vous paraître rébarbatif, et pourtant il nous concerne toutes et tous.


Et j’ai reçu un deuxième coup au cœur quand j’ai entendu le contenu de la préface, qui dédie ce livre « à tous les bâtards, tous les métis, tous les centaures, toutes les sirènes, à tous les êtres hétéroclites, bigarrés, croisés, mélangés… il est temps que vous réalisiez que vous avez le droit d’exister ! ».

Je vous assure, humblement, mais sincèrement, c’est presque mot pour mot ce que j’avais envie d’écrire ! (3) Et j’ai craqué quand j’ai lu (parce que je me suis documentée, moi et sans recours à l’Intelligence Artificielle) que Gabrielle Halphern avait résumé ses objectifs par ces formules : « L’hybridation que j’appelle de mes vœux est un véritable projet de société… L’hybridation peut réenchanter le monde ». Mais enfin, bon sang, pourquoi n’avais-je pas inventé ça plutôt que de le recopier !


(3) Maeva a trouvé plus forte qu’elle, plus prompte aussi. Elle a été humiliée, mais ne le vous dira pas. Les plus intelligents parmi vous, liront entre les lignes sa déconfiture, Bonne maman !


L’auteure (l’autrice pour certains, mais quand j’entends ça je pense inévitablement à quelqu’un qui aurait un problème de diction et parlerait en fait de l’Autriche !), l’auteure donc argumente en critiquant ce monde devenu raisonnable et trop cartésien, avec son exigence de classer les individus dans des cases (« Ça, ça va là…), dans des métiers (les manuels et les intellectuels), dans des secteurs (ça c’est du domaine médical, ça c’est du domaine agricole, ça c’est de l’abdomen…). Il en résulte que plus ou moins consciemment, nous finissons par détester celles et ceux que nous n’arrivons pas à cataloguer.


Je ne suis pas fanatique des ouvrages qui parlent du genre (masculin, féminin) et qui en contestent la pertinence, tant les variantes sont possibles. Il est pourtant évident que le genre ce n’est pas si simple et que les individu(e)s peuvent s’y perdre et que la conséquence c’est la discrimination, voire la haine et l’agressivité. L’association « Cousins/cousines » du Fenua en sait quelque chose. Grâce à Dieu qui a bousculé les Églises, les écoles, aujourd’hui, sont « mixtes ». Mamie qui avait enseigné quelques années en région parisienne me raconte encore (elle oublie qu’elle me l’a rapporté cent fois) le collège de filles (au sens stricto sensu) dans lequel les livres d’histoire qui évoquaient la Renaissance présentaient la célèbre sculpture du David de Michel-Ange avec un carré noir en face du sexe. Or, à l’époque, Pierre Perret chantait : « Vous saurez tout, vous saurez tout sur le zizi ! ». Et, ajoute mamie : « mes élèves savaient ou croyaient tout savoir ».


Ceci dit, notre esprit est formé à vouloir catégoriser les choses et les êtres. La conséquence en politique, c’est qu’il faut qu’un dirigeant soit de droite ou de gauche et quand un candidat prétend qu’il n’est ni de l’une, ni de l’autre, il a du mal à se faire entendre, surtout quand, finalement, il penche plus vers l’une que vers l’autre. Mais le drame, c’est que c’est la porte ouverte à tous les extrémismes. Il faut être complètement écolo, complètement insoumis ou complètement libéral, complètement nationaliste. Si on prend l’exemple du Fenua, heureusement, on est encore épargné. On a des autonomistes qui sont prêts à rompre avec la France et on a des indépendantistes qui ne sont pas pressés de se priver de la manne financière de l’État. Certes, on trouve des autonomistes purs et durs pour dire que sans la France ce serait la ruine et des indépendantistes durs et purs qui prétendent que les Ma'ohi n’ont pas besoin de l’argent de la France, ni de sa protection… Ils ont tous tort avec leur manque d’imagination. Et si on dresse le CV de nos dirigeants, ils sont nombreux à avoir changé de camp plusieurs fois dans leur vie (surtout entre 2004 et 2013). Faut-il les blâmer d’avoir voulu être tout pour arriver à rien ?


Vous livrè-je le fond de ma pensée ou de mon expérience ?

Un jour, je vous dresserai mon arbre généalogique et, même si je ne suis pas sûre de la vertu de mes arrières-grands-mères, ce que j’en sais suffit à faire de moi un être hybride. Pensez, sur le Caillou, aux Indonésiens (qui firent plus d’une fois la Java), aux Kabyles (qui étaient avec les femmes plus qu’habiles), aux Japonais (qui ne bridaient pas leur moteur), aux Vietnamiens (qui clamaient à leur chérie : « Je nem que toi »), à tous les marins de passage, à tous les peuples des îles voisines (dont Tahiti) qui vinrent s’y implanter… Et je ne vous parlerai même pas des Français qui, presque tous étaient des descendants d’immigrés (comme les rois de France, tous fils de mères étrangères) depuis la nuit des temps. Alors moi, Maeva, j’étais une Kanak pour les Blancs qui se croyaient dépourvus de toute couleur (même s’il leur avait fallu avaler des couleuvres en découvrant leur arbre généalogique) et j’étais trop blanche pour ceux qui se prétendaient (à plus ou moins juste titre) peuple premier. Et maintenant que je vis au Fenua, avec ma branche polynésienne, qui suis-je? Je vais vous le dire : je suis une hybride qui centaure (4) le mieux possible d’autres bigarrés et panachés.


(4) Là, franchement, Maeva, tu fais fort en déformant le verbe s’entourer en centaurer…


Je suis une nationaliste universaliste. Je suis une capitaliste sociale. Je suis une intellectuelle qui adore discuter avec mes concitoyens pour qui peu importe qu’un mot soit féminin ou masculin, que la bonté soit catholique, protestante ou laïque (d’ailleurs ils ne savent pas ce que signifie laïque) et qui, eux, au moins, ont le cœur sous la main. Politiquement, je préfère un Vert à moitié plein (aux as) à un Vert mi-fuge, mi-sogyne… Je penche plus vers un indépendantiste dépendant de son épouse que vers un autonomiste qui se veut indépendant de sa conjointe.


À tous les bigarrés, je vous dis, moi aussi : « vous avez le droit d’exister et revendiquez-le. Hybrides de toutes les sortes, unissez-vous ! ».


Je suis Maeva et je te souhaite la bienvenue dans mon monde hétérogène et même hétéroclite dans lequel tu ne seras ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre (j’y accepte aussi le même et un autre).





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