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Aux câlins d’un ex, je préfèrerai toujours…

Il y a une douzaine d’années, lors d’un voyage en Alaska avec mes parents, j’avais visité Anchorage. J’étais allée me promener à la périphérie de la ville. Un nouveau quartier avait été tracé au cordeau dans la taïga. En bout de chantier, un joli chalet en rondins était déjà habité. En m’approchant, je découvris que les propriétaires l’avaient baptisé : « New Beginnings [1] ». J’en déduisis qu’un couple avait décidé de passer à une autre étape de son existence, sans doute reprendre une vie commune qui avait été interrompue par quelque turbulence et tenait à le faire savoir. J’en avais été émue. Recommencer, recommencer dans cet endroit où l’hiver est si long et si rude ! J’avais fantasmé sur l’histoire probable de ce couple. Un jour, j’écrirai une nouvelle ou un roman qui partira de l’impression que je ressentis ce jour-là.


Les notes ci-dessous sont générées automatiquement par notre recours à l’intelligence superficielle. [1] Pour les ignares uniquement, la traduction : « Nouveaux commencements », « nouveaux départs » ou « on efface tout et on recommence ». Ce sont des trucs qu’on dit le 1er janvier et qui ne débouchent pas sur grand-chose… du moins en général. Mais Maeva a un côté fleur bleue et elle est toujours optimiste.

Mes fidèles lecteurs connaissent une partie de ma vie personnelle et plus ou moins intime. Mes écrits ne doivent pas être pris au pied de la lettre, une curieuse expression qui semblerait qu’on renvoie au post-scriptum, alors que tel n’est pas le cas, sinon cela voudrait dire que vous gobez tout ce que je raconte. N’oubliez pas, je suis une nouvelliste et, en matière littéraire, la nouvelle n’est ni plus conforme à la réalité, ni plus enjolivée que les nouvelles entendues à la radio ou à la télé.


Donc je suis nouvelliste et même vaudevilliste [2]. Parfois, je marivaude [3]. Ceux qui croient que mes écrits sont de l’auto-fiction (un brin de vérité, beaucoup d’intox) n’ont pas tout-à-fait tort, mais se trompent quand je décide d’écrire un peu d’intox et beaucoup de vérité retravaillée.

[2] Comme le dit Maeva : « une ville avertie vaut deux villes ». Quelquefois, nous sommes abasourdis par la finesse de son humour et par sa capacité à manier la langue de Molière. [3] Du nom de Marivaux, auteur de théâtre du XVIIIe siècle connu pour ses comédies légères sur l’amour. Maeva a déjà déclaré : « c’est en assistant à ses pièces de théâtre que j’ai su ce qu’un mari vaut ».

Bref, si vous m’avez bien suivie, ma vie sentimentale récente a été marquée par une rupture avec Nunui et un rabibochage au sens le plus noble. En effet, se rabibocher, disent les héritiers de Pierre Larousse, suggèrerait un rafistolage pas très efficient et même déficient. Cependant, il existe une acception plus optimiste : se rabibocher serait repartir du bon pied (et pas de la lettre et on sait qu’en amour, prendre son pied… bref). Il m’arrive ainsi de me livrer à vous (voyez l’article « Triste comme un 15 février ) quand je raconte l’idylle qui ressuscite entre Nunui et moi, avec toute la prudence exigée par des gens d’expérience (avec un s éventuellement). Papy a une formule que j’adore : « quand je te dis crois-en mon expérience, comprends crois en tous mes échecs ».


Et la prudence exige que si je vous raconte ma vie avec Nunui, c’est sous couvert d’anonymat. Si finalement le rabibochage devenait de l’effilochage, ni vu, ni connu. Donc, ceux qui me côtoient ne savent pas grand-chose de ma vie amoureuse.


Le plus drôle, c’est qu’au bureau, mes collègues lisent mon blog et me conseillent d’en faire autant. Je fais semblant d’être rétive ! L’autre jour, la conversation portait sur les retrouvailles entre une certaine Maeva Takin et Nunui. Deux collègues se pâmaient : « Ô que c’est beau leurs retrouvailles ! Ils ont dû passer une incroyable Saint Valentin ». Pourtant, une autre désavouait ce côté romantique. « Moi, dit-elle, quand c’est fini, c’est fini. C’est comme un sparadrap qu’on a arraché, on le jette définitivement ». Les deux autres filles s’indignèrent de tant de cruauté, mais l’autre répliqua en forme de conclusion définitive : « Moi, aux câlins d’un ex-, je préfèrerai toujours les calissons [4] d’Aix ».



[4] Qui n’a pas déjà dégusté cette spécialité d’Aix-en-Provence, un petit four en pâte d’amende ?





J’ai avalé ma salive de travers. Je me suis demandée si en retournant dans les bras de Nunui, je n’avais pas fait une bêtise (de Cambrai [5] évidemment).



Avant de rentrer à la maison, je suis passée dans un magasin voué aux dépenses tape-à-l’œil dont on sort généralement fauchée (comme l’indique le nom du magasin, si vous voyez ce que je veux dire) et j’ai acheté des calissons, histoire de m’assurer – en les dégustant - que moi je préférais les câlins de mon ex redevenu présent.


[5] Les qualités littéraires de Maeva éclatent dans cette histoire. Voyez donc ! Pour illustrer la complexité amoureuse avec ses thèses opposées, elle choisit d’illustrer cela par deux friandises : l’une du sud de la France et l’autre (bêtise de Cambrai) du nord. Les critiques littéraires débâteront longtemps du procédé qui consiste à superposer les saveurs, la géographie et l’intimité amoureuse. Maeva, tu ne seras jamais membre de l’Académie tahitienne, mais tu as tes chances à l’Académie française ou à l’Académie des belles Lettres.


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